L'inconnu du train / The Stranger on the Train

April 06, 2021

The Stranger on the Train

Photo: E. Sartorius

L'inconnu du train

Le brouhaha des passagers qui viennent de monter dans le wagon me réveille de ma torpeur. Le calme n’aura duré, hélas, que le temps d’un court trajet depuis le terminus. lls ont l’air pressés, ces passagers, pas le temps de distinguer leurs traits. Hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, ils défilent le long du couloir, sans tourner la tête ni à gauche, ni à droite, comme s’ils savaient déjà que leur place ne pouvait être que beaucoup plus loin. Et pourtant, il y en a des sièges vides autour de moi. Tant mieux, je me dis, il y a moins de risques d’attraper le Covid.

Pourtant, derrière mon masque, ce n’est pas tant le Covid qui m’inquiète cette fois, même si j’ai, par précaution, désinfecté mon siège et celui d’à côté, celui où je pose mon petit sac à dos, en les vaporisant avec mon petit spray à l’alcool, comme je le fais les rares fois où je dois voyager en bus ou en train. Non, ce n’est pas le Covid. Après plusieurs mois de retraite spirituelle dans un vallon retiré, c’est plutôt de la contamination du monde que je veux être préservée.  

Le train a déjà démarré, mais les passagers continuent de se glisser le long du couloir. Les sièges vides autour de moi ne sont remplis qu’au compte-gouttes. Personne n’a ralenti à ma hauteur, ni abaissé son regard sur le siège à côté du mien, signe qui aurait aussitôt déclenché le réflexe de tendre le bras vers mon sac à dos, le soulever et le poser sur mes genoux. Tant mieux, je me dis, il y a moins de risques d’être contaminée par le monde.

Un seul passager n’a pas dévalé le long du couloir aussitôt après avoir gravi les marches du wagon. Il a glissé péniblement une longue housse noire entre le premier siège et les toilettes, et se tient debout, contre la fenêtre, pour éviter que la housse ne glisse sur le côté avec les sursauts du train. Elle a l’air bien lourde, cette housse.

Ce passager est plutôt bizarre. Mi-dandy, mi-clochard, les cheveux gris mi-longs et sales, une chevalière au doigt. De corpulence très forte, vêtu d’habits sombres, il dégage une odeur peu agréable, perceptible depuis mon siège, plusieurs rangées plus loin. Heureusement qu’il est resté près de l’entrée, je me dis, il y a moins de risques qu’il s’assoie à côté de moi. Je n’ai vraiment pas envie d’être contaminée par le monde.

Le train continue de rouler, le siège à côté du mien reste vide. Je suis rassurée. Mais à l’entrée du wagon, un homme se lève et offre son siège à l’inconnu à la housse noire. Celui-ci le décline, mais l’homme s’est déjà levé et vient s’asseoir sur un siège libre sur ma rangée, de l’autre côté du couloir. Un sentiment de honte m’envahit tout à coup. Aïe, ça fait mal. J’étais si bien dans ma vie retirée du monde, si bien entre la prière et la nature, si bien loin des gens. Si bien que j’en avais oublié comment me comporter de retour à la civilisation ! Comment me comporter de façon bienveillante.

À contre-coeur, car j’étais bien dans ma bulle, j’ai pris mon sac-à-dos sur le siège d’à côté et l’ai posé sur mes genoux, entre mes béquilles et le sac en papier contenant les quelques courses faites au supermarché. Mieux vaut tard que jamais pour bien faire. Prise entre la honte et le besoin de rester dans ma bulle, j’ai fait une prière. « Seigneur, je laisse la place libre pour celui ou celle qui en ait besoin, mais s’il te plaît, protège-moi de la contamination du monde. »

Le Seigneur m’a entendue. Personne ne s’est assis sur le siège à côté de moi, même après que j’aie retiré mon sac. Soulagement. Alors que je jetais un coup d’œil sur le côté, je l’ai même vu, lui, le Christ, assis à côté de moi. Sa présence transparente, légère et lumineuse contrastait tellement avec le reste des passagers! J’ai souri intérieurement, l’ai remercié. Je me suis sentie bien, rassurée, apaisée, jusqu’à l’arrivée du train en gare.

Avant de descendre du wagon pour changer de train, je suis passée à côté de l’inconnu corpulent aux cheveux mi-longs grisonnants, qui retenait toujours sa lourde housse du pied, ainsi qu’un autre paquet mince et haut emballé dans du plastique. Une table pliante, peut-être, je ne l’avais pas vue depuis mon siège. Il m’a fait de la peine cet inconnu, mi-dandy, mi-clochard, avec ses bagages encombrants. Un déménagement, peut-être?

Pour me racheter de mes pensées égoïstes de tout à l’heure, j’ai eu envie de lui dire quelques mots bienveillants. Mais aucun mot n'est sorti, je ne savais pas dans quelle langue lui parler. Français ? Anglais ? Je n’arrivais pas à déterminer s’il était d’ici ou d’ailleurs. Dans le doute, je n’ai rien dit. D’ailleurs c’était trop tard, j’étais déjà descendue du train.

Arrivée chez moi, dans cet endroit tranquille dans un vallon retiré, je me suis assise sur le lit pour retirer mes chaussures. La journée dans le monde s’était finalement bien passée. J’ai repensé au siège dans le train, et à la vision lumineuse du Christ assis à côté de moi. Quelle belle vision ! À nouveau, je l’ai remercié de sa présence, que j’ai reçue comme un cadeau. C’est alors que j’ai entendu sa voix. « Oui,  j’étais bien à côté de toi, pour te protéger, comme tu me l’as demandé. Mais j’étais aussi cet homme corpulent aux cheveux gris et sales, dont tu as eu peur et que tu as tenu éloigné de toi par la pensée. »


 

The Stranger on the Train

Tranquility was to last only for a  single stop, as I am awakened by the noise and confusion of the passengers boarding my compartment. They really seem in a hurry, there is no time to distinguish their features: men, women, young people, old people, marching hastily along the corridor, without turning their heads left or right, as if they already knew where their unnumbered seat was located, and that it can only be much further, even though many seats are empty around me. So much the better, I think, there is less risk of contracting Covid.

However, behind my mask, it's not so much  Covid that worries me, even though I have disinfected my seat as a precaution, and the one next to it where I keep my little backpack, spraying them with alcohol, as I do on the rare occasions nowadays when I have to travel by bus or by train. No, it's not Covid. After several months of spiritual retreat in a remote valley, it is actually from the contamination of the world that I want to be preserved.

The train has already left the station, but many passengers continue to slide along the corridor.  Even though the seats around me are being filled, no one has slowed down beside me or lowered their gaze towards the seat next to mine, a sign that would have immediately triggered my arm to reach for my backpack, lift it and bring it on my lap. So much the better, I think, there is less chance of being contaminated by the world.

There is only one passenger who didn’t hurry down the hall immediately after climbing the steps of the compartment. He painfully pulled a long and heavy black pack and tried fitting it between the first row and the toilet, and is now standing against the window, holding the pack with his foot to prevent it from sliding to the side with the jolts of the train. That pack really looks heavy. What a weird passenger ! Half-dandy, half-beggar, with shoulder-length, dirty gray hair and a signet ring on his finger. A very heavy man, dressed in dark clothes, with an unpleasant odor, noticeable from my seat several rows away. Luckily he stays near the entrance, it’s unlikely he will sit next to me. I really don't want to be contaminated by the world.

The train continues to run and the seat next to mine remains empty, so I am reassured. But near the entrance of the compartment, I notice a man standing up and offering his seat to the stranger with the black pack. The stranger declines it, but the kind man has already gotten up and heads towards an empty seat across the hall, near mine. Ouch! All of a sudden I am overtaken by a feeling of shame. How good it felt to live withdrawn from the world, between prayer and nature, so far from people! So far it seems that I have forgotten how to behave with others. How to behave with others in a kind way.

Reluctantly, because I did enjoy being in my bubble in the train, I lift my backpack from the seat next to mine and put it on my knees, holding it between my crutches (I've been walking with crutches for over a year due to an accident) and the paper bag containing a few groceries from the supermarket. It’s never too late to do the right thing, I think. But trapped between my shame and the need to stay in my bubble, I say a quick prayer: "Lord, I will leave this seat free for whoever needs it, but please protect me from the contamination of the world."

The Lord actually heard me. No one sat in the seat next to me, even after I removed my backpack. It was a relief. And as I glanced to the side, I even saw him, I saw Christ sitting next to me. His transparent, luminous presence contrasted so much with the rest of the passengers! I smiled and silently thanked Him. It felt so good, so reassuring, so peaceful, all the way to the next station.

Before getting off the vehicle to catch another train, I passed by the heavy stranger with shoulder-length graying hair, who was still holding that heavy black pack with his foot, along with another thinner, taller bundle wrapped in plastic. Maybe a folding table, I couldn’t see it from my seat. I felt sorry for this half-dandy, half-tramp kind of stranger, with his bulky luggage. Perhaps he was moving?

To redeem myself from my previous selfish thoughts, I felt like telling him a few kind words, but no words came out of my mouth. I just didn't know in what language to speak to him. French? English? I couldn't tell whether he was from here or from somewhere else. In doubt, I finally said nothing. Besides, it was too late, I had already gotten off the train.

Back in my room in that quiet place in a secluded valley, I sat on the bed to take off my shoes. In the end, the day in the world had gone well. I started thinking about the seat on the train, and the glowing vision of Christ sitting next to me. What a magnificent sight! Again, I thanked Him for his presence, which I received like a gift. That is when I heard His voice. "Yes, I was sitting right next to you, to protect you, just as you had asked me to do. But I was also that heavy man with gray, dirty hair, of whom you were afraid and whom you kept away from you in your mind."


 

 


L’abeille qui ne voulait pas butiner / The bee who refused to forage

January 18, 2021

L'abeille qui ne voulait pas butinerHiver à la Communauté de Saint-Loup

Hiver à la Communauté de Saint-Loup, Suisse, où j'écris ces lignes. 

Winter with the Saint-Loup Community, Switzerland, where I am writing these lines.

 

  Jusqu’à présent, je n’ai jamais parlé de Jésus dans ce que j’écrivais. « Mes croyances religieuses ne regardent que moi, » pensais-je, « je n’ai pas besoin ni envie que d’autres soient au courant. » Et puis plein de gens ne croient pas en Dieu, ni en Jésus, je risque de heurter mes lecteurs, certains vont penser qu’on m’a lavé le cerveau, que je ne suis qu’une vieille qui radote, que je veux les convertir. Oh non, surtout pas! Ça allait très bien comme ça, alors pourquoi est-ce que je devrais commencer à mettre des bondieuseries dans mes histoires ? Je ne serais pas crédible !  Pourtant, lorsque je regarde en arrière, je me rends compte que les valeurs que je défends, la solidarité, l’amour, la défense des plus vulnérables, sont bien au cœur de ce que le Christ nous a transmis. Alors pourquoi ne pas le reconnaître publiquement?

   Vous est-il aussi arrivé de vous demander pourquoi Le Seigneur vous propose parfois de faire des choses que vous n’avez pas du tout envie de faire ? De mon côté, j’ai dû me rendre à l’évidence lorsqu’il m’a soufflé à l’oreille ce conte de l’abeille. Au début, je ne voulais pas l’écrire. Mais Il sait se montrer persuasif, même auprès des têtues comme moi.  « Tu dis vouloir être chrétienne, et tu n’oses même pas écrire mon nom dans une de tes histoires ? » Grand moment de solitude. Long silence. Il m’en a bouché un coin, là, Jésus. Très long silence. « C’est bon, Seigneur, t’as gagné ! Je vais l’écrire cette histoire d’abeille. Mais juste celle-ci, hein ? »

   Alors voilà, cette histoire se passe dans une ruche. Une abeille butineuse en avait marre de son travail. Plus que marre, marre de chez marre. Dans sa courte carrière d’abeille, elle avait touché à tout : nettoyeuse, nourrice, manutentionnaire, architecte, chimiste, ventileuse, éclaireuse, et maintenant, butineuse. Un CV bien rempli ! Mais malheureusement, que des travaux harassants, répétitifs, souvent peu valorisants. Tout ça pour entretenir une reine paresseuse, qui ne sait rien faire, à part s’accoupler, pondre et manger ! Et puis zut quoi ! L’abeille en avait juste plein l’aiguillon. A présent,  elle avait envie de changer de vie, de faire comme les humains, partir en vacances, écouter de la musique, lire un bon livre.

   A longueur de journée, la petite butineuse n’en finissait pas de ruminer, de se plaindre à une amie. Celle-ci lui disait simplement : « Arrête de te plaindre et fais ton travail, comme nous toutes. » Mais cette amie en eut bientôt marre à son tour. Pas du travail, mais de ces lamentations. Elle était pourtant patiente l’amie, car il en faut de la patience lorsqu’on doit faire tous les jours jusqu’à cent allers-retours pour récolter le nectar et le pollen si précieux. Mais elle avait atteint ses limites, et un beau jour, de retour d’un champ d’orangers, lassée d’entendre des « la reine paresseuse » par-ci, et « la reine fainéante « par-là, l’amie s’écria : « Mais ne sais-tu donc pas que ce n’est pas pour la reine que nous faisons tout cela! » Notre abeille en resta bouche bée. « Ah non ? C’est pour qui alors ? »

   « Tu vois ce champ d’orangers ? » lui répondit son amie, « sans nous et les autres insectes pollinisateurs, 75% des fruits et des légumes disparaîtraient, ce serait la famine. Oui, les tâches que tu effectues peuvent être rébarbatives, et te paraître vides de sens. Mais collectivement, ce n’est pas une reine paresseuse que nous servons, c’est toute la création que nous nourrissons ! Ce travail qui te paraît si peu valorisant est en fait le plus important qui soit ! » 

   La petite abeille leva les yeux. Pour la première fois, elle remarqua le champ d’orangers, et au-delà, les autres champs, ceux de lavande, de thym et de romarin. Plus loin, elle vit s’étendre des vergers, des potagers et des champs colorés de colza, d’iris, de campanules, de myosotis. Son regard scruta l’horizon, il lui sembla que celui-ci s’éloignait. Au-delà de la ligne horizontale, elle crut apercevoir le monde entier. Aussitôt, elle en oublia sa frustration, la reine, ses récriminations. Elle se sentit bénie et se mit à butiner de plus belle.

   Vous l’avez compris, cette histoire n’est ni un pamphlet royaliste, ni une exhortation à accepter sans rechigner un quelconque pouvoir despotique, ou à baisser les bras devant la fatalité. Encore moins une tentative de rabaisser les plus hardis d’entre nous. En me demandant de l’écrire, le Christ, roi dans le monde spirituel, a probablement voulu, d’une part, me tester, et de l’autre, m’apaiser. Car il n’y a pas de tâche ingrate ou honteuse faite au nom de Jésus. Même celle qui nous paraît la plus insignifiante, ou la plus rébarbative, est une pièce de puzzle importante dans le plan du Seigneur. Où que nous soyons, quoi que nous fassions, nous pouvons avoir l’assurance que ce que chacune et chacun d’entre nous accomplit en Son nom, tout près, bénéficiera au final à toute la création.  

  Until now, I had never mentioned Jesus in anything I published. “My religious beliefs are totally private,” I thought, “I don't need or want others to know.” Besides, a lot of people don’t believe in God, or in Jesus, and I don’t want to offend readers. Some could even think that I have been brainwashed, that I am just a rambling old woman, or that I might want to  convert them. Oh dear, no way! Everything was going fine, so why should I start including religious trinkets in my stories? That’s not me! However, when I look back, I realize that the values that I have been defending for a long time, such as solidarity, love, the defense of the most vulnerable, those values are indeed at the heart of Christ’s message. So why not acknowledge it publicly? 
   
   Have you also wondered why God sometimes pushes you to do things that you really don't want to do? Well, I had to face it when he whispered this bee tale in my ear. At first, I didn't want to write it. But the Lord knows how to be persuasive, even with the most stubborn, like me. “You claim you want to be a Christian, but you don't even dare to write my name in one of your stories?” That felt like the longest moment of solitude. I was floored, and just kept quiet for a long time. "Alright, Lord, you won! I will write your bee story. But only this one, OK? " 
   
   So here it is, the story takes place in a beehive. A foraging bee was fed up with her work. More than fed up, she was sick and tired of it. In her short bee career, she had done everything from cleaner, nanny, handler and architect, to chemist, ventilator, scout and forager. An amazing CV! But most of it was plain exhausting, repetitive work, and often not very rewarding. The little bee couldn't stand anymore having to work so hard to support a lazy queen, who didn’t do anything apart from mating, laying eggs and eating! No more of this, she had it up to her sting! Our bee just wanted to change her life and do like humans, go on vacation, listen to music, perhaps read a good book.
   
   All day long, the little forager wouldn’t stop brooding and complaining to her bee friend. Her friend would only say: "Stop complaining and just do your job, like the rest of us." But her friend got tired too. Not of work, but of hearing these lamentations. She was patient, though, because it takes a lot of patience to fly up to a hundred round trips every day to collect the precious nectar and pollen. But she had reached her limits, and one fine day, on the way back from a field of orange trees, tired of hearing ‘Lazy Queen’ here, and ‘Lazy Queen’ there, her friend shouted: “But don't you know that it’s not for the Queen that we are doing all this!” Our little foraging bee was speechless. "Really? So who is it for then?"
   
   "Can you see these orange tree fields?”, her friend replied. “Without us and other pollinating insects, 75% of fruits and vegetables would disappear, there would be famine. Yes, the tasks you do can sometimes seem daunting, or even be meaningless to you. But collectively, it's not a lazy queen we are serving, it’s the entire creation that we are feeding! This work, which seems so unrewarding to you, is in fact the most important job you can find! "
   
   The little bee looked up and around. For the first time, she noticed the field of orange trees, and beyond, the lavender, thyme and rosemary fields. Further away, she saw orchards, vegetable gardens and colorful fields of rapeseed, iris, bluebells and forget-me-nots. As she scanned the horizon, it seemed like it  was receding further and further away. Beyond the horizontal line, she felt as if she could see the entire world. At once, she forgot her frustration, the queen, her recriminations. She felt blessed and went back to foraging with renewed fervour.
   
   As you may have understood, this story is not a royalist pamphlet, or an exhortation to accept some despotic power without complaint, or to give up in front of fatality. It is also not an attempt to discourage the boldest among us. By asking me to write it down, Christ, King in the spiritual world, probably wanted, on the one hand, to test me, and on the other, to appease me.
   
   For there is no thankless or shameful task done in the name of Jesus. Even the most insignificant, or the most off-putting, is an important piece in the puzzle of the Lord's plan. Wherever we are, whatever we do, we can be confident that whatever each of us is doing in His name, right here, will ultimately benefit all of creation.
   
   
   


 

 

Archive
January (1) February March April (1) May June July August September October November December
January February March April May June July August September October November December
January February March April May June July August September October November December
January February March April May June July August September October November December
January February March April May June July August September October November December
January February March April May June July August September October November December